Dépression ou Des pressions?


 La dépression fait mal. Elle nous conduit vers les bas-fonds de notre existence jusqu’à des profondes remises en question. La tristesse, la colère, l’incompréhension sont souvent les émotions présentes. La peur nous assaille et elle tente de nous faire croire que tout est fini, qu’il n’y a pas ou peu d’espoir.

Et si la dépression ou le Burnout n’était qu’une opportunité de prendre un certain recul face à notre situation pour en apprendre un peu plus sur nous et pour décider de choisir de faire autrement?

Et si la dépression n’était qu’un rite de passage vers une vie meilleure?

Dans la vraie vie, la dépression fait mal.

Alors que les statistiques démontrent une forte croissance du nombre de personnes ayant reçu un diagnostic de dépression, paradoxalement, la personne qui se retrouve cette situation ne s’est jamais senti aussi seule.

Au-delà des statistiques, il y a l’humain. Il y a cette personne qui souffre de sa condition et qui tente, tant bien que mal, de tout mettre en œuvre pour assurer sa guérison.

Lorsqu’une personne se retrouve dans cet espace de très grande vulnérabilité, il lui est difficile de savoir par où commencer. Ce que j’appelle aussi le cancer de l’âme s’explique d’un point de vue scientifique, mais la douleur elle, s’explique difficilement. Elle se vit tout simplement.

Au fait, toutes ces personnes, que j’ai accompagnées dans le cadre de ma profession et qui se retrouvaient en situation de dépression ou d’épuisement, toutes sans exception, portaient sur elles la honte d’avoir échoué. Toutes ne comprenaient pas ce qui avait bien pu se produire, se sentant incapables ou hésitantes d’en parler, de peur d’être jugées.

Et détrompez-vous! La plupart de mes clients avec qui je travaille sont, pour la plupart, de grands gestionnaires, de grands travailleurs, et ne comprennent en rien à leur situation. Eux qui avaient toujours eu de grandes responsabilités, ne sont plus capable de fonctionner. C’est une épreuve terrible lorsqu’on doit conclure qu’on ne se sent plus capable… horrible même!

Le point de départ vers la guérison

Le point de départ pour gravir les échelons vers la guérison d’un épuisement ou d’une dépression passe nécessairement par l’admission de son état, par une meilleure compréhension de ce qui nous arrive. Il y a ensuite le lâcher-prise et la libération.

Viendra par la suite le moment de s’enrichir de connaissances, permettant l’application d’outils afin de vivre des changements positifs. Le but ultime: comprendre et retenir l’enseignement qui se cache derrière cette épreuve.

Une chose est certaine, TOUS ET TOUTES ont les capacités de relever une telle difficulté lorsqu’elle se pointe dans sa vie. Et si, en lisant ces mots vous vous dites : -Mireille, vraiment? Tu y crois vraiment?

La réponse est OUI!

Question de statistiques

Au moment où j’écris ces lignes, l’Organisation mondiale de la Santé (2017) mentionne que «la dépression est la première cause d’incapacité dans le monde et contribue fortement à la charge mondiale de la maladie».

Ce qu’il faut savoir (et c’est sûrement ce qui rend plus difficile d’accepter le diagniostic) c’est que seulement 13% des dépressions sont liées à des difficultés psychologiques (pressions internes: deuil, perte, enfance difficile, etc.). Ce qui veut dire que 87% des diagnostics sont liés à l’accumulation de pressions externes auxquelles nous résistons trop longtemps.

Au Québec, l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal stipule qu’il s’agit de la 2e maladie la plus diagnostiquée (20%) suivant de près la première (23%) qui est : Les maladies cardiovasculaires. Le cancer représente 11% des cas.

Malgré ces données, la maladie mentale demeure un tabou. Près des 2/3 des personnes ayant reçu un diagnostic, n’iront pas chercher de l’aide dont ils ont tant besoin. C’est pourtant alarmant si l’on considère que la dépression fait plus de victimes (par décès) que les accidents de la route au Québec (Institut universitaire en santé mentale de Montréal, 2017).

Il y a tant à faire pour sensibiliser les gens à cette maladie. Il y a tant à faire pour démystifier tout ce qui se passe réellement lorsque nous sommes touchés par celle-ci.

Dépression ou DES pressions?

J’ai commencé à m’intéresser davantage à ce phénomène, lorsque je me suis moi-même retrouvée en situation d’épuisement. Le diagnostic que j’ai reçu était: Trouble de l’adaptation… diagnostic qui sous-tend que j’avais de la difficulté à m’adapter à ma réalité. Par la suite, en cours de route, le diagnostic a évolué et est devenu: dépression.

Je refusais catégoriquement ce diagnostic… car je n’estimais pas être triste…bien au contraire! Quoique je me demandais si j’étais en train de devenir folle car mon «hamster» se faisait aller ce qui générait chez moi BEAUCOUP d’anxiété!

Peu importe mon état, j’étais confrontée au plus grand sentiment d’impuissance jamais vécu jusqu’à ce jour… j’étais inquiète à savoir si j’allais me rétablir complètement un jour.

Comme je l’ai mentionné, j’étais de bonne humeur la plupart du temps, seulement c’est mon corps qui ne suivait pas. Il m’ordonnait ma conduite et je n’y pouvais rien: j’étais dans l’obligation d’obéir à ses commandements.

Moi, pour qui 6-7 heures de sommeil suffisaient pour fonctionner à plein régime, je devais retourner au lit après 2 heures en état d’éveil, complètement épuisée. Pour une personne comme moi, pour qui aucun défi n’est impossible, je suis descendue très bas. Après tout, comment se sentir bien lorsqu’on n’a d’autres choix que de dormir 15-17 heures par jour, à ne rien pouvoir accomplir?

Jusqu’au jour où j’ai rencontré ce médecin qui est venu me dire:

-Mireille, et si c’était à force de vivre trop de pressions que tu en es venue à vivre une dépression?

 

Comment agir pour guérir?

Wahoooooo! Moi qui résistait au diagnostic émis par le médecin, tout prenait tout à coup un sens. Je me suis mise à faire le bilan des pressions que je vivais dans ma vie tant personnelle que professionnelle et je me suis mise à «faire le ménage» sur les pressions que je pouvais agir.

Ce que je n’avais pas compris jusque-là et qui freinait mon rétablissement c’est que si c’était à force de vivre trop de pression que j’en étais venue qu’à vivre une DÉPRESSION, il fallait assurément que je cesse de me mettre des pressions dans mon rétablissement.

Donc, après avoir éliminé toutes les sources de pression possibles dans ma vie, j’ai accepté de faire confiance à mon corps et surtout à l’écouter. J’ai appris à «évaluer» mon état de 0 à 10 (0 étant faible- 10 étant super bien) avant de prendre des décisions face aux activités que j’entreprenais. J’ai appris à accepter qu’aujourd’hui était peut-être une mauvaise journée, confiante que demain serait meilleur. J’ai appris que mon corps savait exactement ce qu’il me fallait pour aller mieux et que je devais faire équipe avec et découvrir les signaux qu’il m’envoyait.

J’étais tout à coup convaincue que je pouvais agir et qu’il m’était possible d’apporter des changements à ma vie afin de m’assurer de revivre pleinement! Je voyais enfin la lumière au bout du tunnel!

Reprise de pouvoir sur sa vie

C’est à partir de ce point que tout se joue. La plus grosse erreur que font tous mes clients (et que j’ai moi-même faite) c’est de retrouver un rythme de vie «à fond la caisse» comme avant de tomber. ERREUR!!!! Comme si nous avions à prouver à qui que ce soit que nous sommes encore capable.

C’est là que j’ai réalisé que ce n’était pas un signe de bonne santé mentale que de s’adapter à une société malade.

J’ai donc fait mon bilan et décider la façon dont je voulais vivre à l’avenir.

Je vous partage ici mon histoire, mais c’est aussi celles de plusieurs autres personnes qui ont traversé cette épreuve qu’est la dépression.

Je crois qu’il est possible de mieux se connaître suite à cette maladie et d’adapter notre réalité afin d’éviter de retomber. Car oui, il est vrai que suite à une telle expérience on demeure un peu plus fragile mais que si nous écoutons notre corps, tout sera plus facile.

Un jour j’ai un ami qui m’a dit: Mireille, la dépression n’existe pas!

Je dois vous dire que cela m’a grandement fait réagir! Il a poursuivi en me disant: Mireille, pour moi la dépression n’est que le résultat d’une situation que nous avons enduré trop longtemps et qui ne nous convenait pas.

Pour moi, ça s’est soldé par un changement d’emploi. J’ai établi ma liste des priorités et au top s’y trouvait mes enfants. J’ai donc décidé de faire des choix en fonction de ma plus grande aspiration: être un modèle positif pour elles. Et depuis, je ne me suis jamais sentie aussi épanouie.

 

Ce qu’il faut savoir, c’est que nous pouvons agir. Il s’agit parfois de petits changements, de prise de conscience sur notre mode de fonctionnement et sur notre environnement pour donner une nouvelle orientation à sa vie.

Et vous, quelles sont ces pressions que vous vivez actuellement dans votre vie? Sur lesquelles vous pouvez agir avant qu’il ne soit trop tard?

Pour votre liberté!

 

 

Mireille Chevalier, Travailleuse sociale

Experte en changement et en responsabilisation

Experte en changement et en responsabilisation, Mireille Chevalier a pour mission d’insuffler, chez les individus ou dans les organisations, une volonté de s’engager dans un processus de changement, peu importe ce qu’ils désirent voir s’améliorer et/ou changer et de les inciter à passer à l'action afin qu’ils se réalisent pleinement.